Slam au Louvre
Retour
Ce que nous avons vécu
Il y a toujours des gens, isolés ou non, pour raconter les grandes catastrophes humaines, aujourd'hui je vais être de ceux qui témoignent des aventures les plus incroyables et imprévisibles.
En effet, il était difficile de prévoir cet assaut du musée du Louvre par autant de gens venus écouter des mots, venus dire des mots.
En dehors de la performance des 10 artistes du projet ON LOUVRE, ON SLAM :
D' de Kabal, Félix Jousserand, Hocine Ben, Yo, Ucoc, Nada, Azé, Abd El Hak, Da Gobleen et Yann thomas, il nous faut impérativement nous arrêter sur les scènes ouvertes qui ont suivies.
Au total, 4.
4 espaces pour dire et entendre des mots.
400, 800, 1000, 1500 personnes, à l'heure qu'il est je n'ai pas les chiffres, et sincèrement à l'heure qu'il est je m'en moque. Ils étaient là, à parcourir en long et en large les galeries du Louvre qui avaient été investies par le courant Slam, la mode Slam ?
Certains d'entre nous, Slammeurs, ont craint l'instrumentalisation par une institution, il n'en fut rien, nous avons géré cet espace physique et temporel, comme nous l'entendions, dans le respect du haut lieu qui nous accueillait.
Nous avons pendant 80 minutes ouvert des espaces de parole libre dans un lieu public qui abrite en son sein des oeuvres qui racontent une partie de l'histoire de l'Humanité.
Oui, une partie seulement, mais le projet du Louvre, de Toni Morrison, du Canal 93 et de D' de Kabal était d'écrire, le temps d'une soirée, un petit bout d'une autre histoire de l'Humanité, un de ces bouts dont généralement on ne retrouve pas la moindre trace, dans aucun livre, aucune toile, aucune sculpture parce que ce sont des instants clés qui ne peuvent être fixés.
On ne peut que les raconter après les avoir vécu de l'intérieur.
Qu'avons-nous vus ?
Nous avons vus des êtres vivants-pensants, de provenances, de cultures, d'âge et d'obédiences religieuses différentes, se côtoyer, se parler, s'écouter, s'émouvoir, communier dans des applaudissements fournis, et … partager.
Partager un moment rare, comme si le jour d'après la vie allait reprendre son cours " normal " avec son lot d'incompréhensions de l'Autre et de cloisons infranchissables.
Nous avons vus la suspension momentanée des entraves au bon fonctionnement des vivants-pensants : des plus jeunes écoutant attentivement des plus vieux et inversement.
Nous avons vus ceux qu'on nous montre -dans cette télévision, qui transpire l'abandon de la plus petite trace de dignité- comme des délinquants dangereux imbibés de haine et de rage destructrice, nous les avons vus, écouter, rire aux éclats, chahuter, parfois à quelques centimètres de toiles de maîtres, nous les avons vus faire porter leur nom ou surnom sur des listes qui leur donnaient droit à un espace de parole.
Nous avons été témoin d'une cohue géante sans précédent dans l'enceinte du musée du Louvre, cohue totalement maîtrisée et gérée par un renforcement impressionnant du personnel de sécurité ?
Absolument pas, cohue canalisée simplement à l'aide d'un stylo et d'une feuille de papier, pour que ceux qui voulaient la parole puisse se faire connaître.
Nous avons été les témoins de la naissance et de la mort d'un Monde nouveau, un Monde où la parole de l'autre peut essayer d'exister, ce Monde a vécu un peu moins d'une heure et trente minutes.
Les 4 scènes de parole libre ont su exister et rendre une place aux dires des individus.
Il n'y avait pas de micro (sauf pour la scène spéciale enfants), ainsi, il est vrai qu'entendre les mots des poètes n'était pas un exercice des plus facile, nous baignions dans une espèce de chaos verbal ; une rumeur incessante presque assourdissante parcourait les galeries dont le Slam s'était emparé. N'était-ce pas là l'image la plus fidèle de ce Monde ?
Où la parole de l'un comme celle de l'autre est finalement difficilement accessible ?
L'urgence du dire, mélangée aux contraintes physiques et acoustiques du lieu nous ont permis d'observer tous ces gens, hurlant leur texte, hurlant leur bout de texte, quasiment à l'aveugle adressé à qui pourrait bien l'entendre, parfois même dans des égosillements désespérés.
Nous étions de plein pied dans la réalité, en proie à nos aptitudes et inaptitudes à communiquer, à se faire entendre.
Et c'est cela qui était beau.
Beau et poignant.
Le Louvre était devenu une clameur effrontément populaire, une clameur vivante qui gargouillait dans ses boyaux, au coeur de son intimité.
En dehors de tout verbiage stérile sur la définition des courants et des mouvements enveloppant les individus, je dirais que le Slam ne saurait être autre chose.
En dehors de tout verbiage stérile sur la définition des courants et des mouvements enveloppant les individus, je dirais que l'action citoyenne ne saurait être autre chose.
En dehors de tout verbiage stérile sur la définition des courants et des mouvements enveloppant les individus, je dirais que la démocratie ne saurait être autre chose.
A tous les acteurs de cette victoire sur les images de nous même,
MERCI.
D' de Kabal novembre 06… Bobigny, par une nuit glacée.