Rouda
Les Poètes Se Cachent Pour Ecrire
Les poésies se cachent et la plupart naissent lorsque le jour se lève Au moment où les yeux se mouillent et volent comme un voile que le vent soulève Je me cache pour écrire ce que ne sauraient dire mes lèvres Ce que ne saurait dire la lune qui m’envoie ses rêves qui dévorent
Les sentiments que le cœur refoule s’expriment dans mes paragraphes S’impriment dans le cœur des foules comme le ciment marqué par un graff Mon stylo et ma main sont comme reliés par une greffe Je m’accroche aux parois mais je n’ai pas assez de griffes
Les poètes se cachent pour écrire, moi à chaque fois j’ouvre une parenthèse Où le temps se suspend, où mon esprit surpasse toutes mes hantises On a encore sur nos peaux les empreintes de la glaise Qui s’asséchera d’un coup avant que Souleymane se taise
Le silence m’étouffe, mais je reprends mon souffle à chaque mot Qui me recouvrent d’une étoffe à une époque où les princesses n’embrassent plus les crapauds L’écriture me délivre, elle ouvre des espaces clos Dessine des fleurs sur la peau de l’éclopé au sourire presque éclos
C’est pas que j’ai pas de mémoire, mais c’est un vaste trou Où je me perds lorsque le ciel est noir et que je déteste tout Les poètes se cachent pour écrire alors cette fois j’oublie tout Mes défauts, mes atouts, mes défis, mes atomes, moi j’suis fou de ce thème et c’est tout
Les poètes se cachent pour écrire, Souleymane regarde nous On est sortis de notre cachette et maintenant on vous regarde vous.
« Rouda » / octobre 2003 / Tous droits réservés
Arrêtez-les
Allez leur dire de notre part que personne ne nous arrête Que notre musique est un rempart sur lequel se brisent toutes les tempêtes Voici l’alliance originelle et rare de la basse et du poète Qui donne naissance en ce soir à une essence secrète Dites leur aussi que personne ne peut stopper les éléments Que les phénomènes les plus troublants ne s’expliquent pas forcément Et dites leur bien que rien n’est plus solide que le diamant Qu’on ne peut détruire ce qui agit consciemment Est-ce qu’on arrête la vague qui vient s’écraser sur le sable Est-ce qu’on arrête l’orage qui éclate en rendant le ciel stable Est-ce qu’on empêche les nuages de faire le tour de la terre avec des câbles Est-ce qu’on empêche le feu tout simplement de faire des flammes ?
Donc s’ils vous disent « arrêtez-les » répondez leur que personne ne nous arrête Mais s’ils insistent combattez-les faîtes leur comprendre que nos armées sont prêtes Et dîtes leur sans délai que des douleurs qu’ils ont fait naître Bientôt s’écoulera le lait qui viendra nourrir nos révoltes
Allez leur dire par-dessus tout que nous sommes une espèce peu docile Que pour s’échapper d’ici il nous suffira d’un battement de cils Nous ferons sauter les garde-fous et les murailles invisibles Et nous resterons debout devant leurs valeurs risibles Allez leur dire qu’on sait déjà ce qu’ils vont dire Qu’ils vous ont dit de nous qu’on avait dit qu’on préférait les voir mourir Et pas seulement de rire vu qu’on prépare le pire De nos soupirs de nos silences pour voir s’écrouler leur empire Est-ce qu’on arrête les poètes quand ils vont se cacher pour écrire Est-ce qu’on empêche les tristes sorts de faire de nous de tristes sirs Est-ce qu’on empêche les planètes de naître d’émettre puis de mourir sans un cri Est-ce qu’on arrête l’élève quand il a dépassé le maître dans tout ce qu’il écrit ?
Donc s’ils vous disent « arrêtez-les » répondez leur que personne ne nous arrête Mais s’ils insistent combattez-les faîtes leur comprendre que nos armées sont prêtes Et dîtes leur sans délai que des douleurs qu’ils ont fait naître Bientôt s’écoulera le lait qui viendra nourrir nos révoltes
Allez leur dire que nous sommes jeunes et que nous avons le temps d’attendre Qu’au lieu de tendre l’autre joue nous aurons quelques coups à rendre S’ils souhaitaient qu’on s’endorme qu’on abandonne ou qu’on se pende La seule réponse qu’ils vont entendre c’est « casse-toi tu pues t’es pas de ma bande » Et dites leur bien que nous sommes nombreux à remuer dans l’ombre Que nos bombes étendront des couleurs sur les murs les plus sombres Et pour finir murmurez-leur que même les murailles les plus solides un jour s’effondrent Qu’ils seront le seul phénix à ne pas renaître de ses cendres Allez leur dire de notre part que personne ne nous arrête Que notre musique est un rempart sur lequel se brisent toutes les tempêtes Voici l’alliance originelle et rare de la basse et du poète Au fait, la fin du texte est muette
« Rouda » / décembre 2003 / Tous droits réservés