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Sozaboy



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Sozaboy

Dossier de Presse


(PDF, 969.6 ko)


Extrait de Sozaboy

. . .J'ai couru partir vers la rivière. Et puis j'ai nagé arriver l'autre côté de la rivière, j'ai arrêté. Je suis sorti de l'eau. Mon kaki-là était mouillé. Je me suis assis sur le sable blanc. Ca n'a pas duré et puis voilà mille minitaires qui sont sortis derrière moi avec leurs fusils tournés contre mon dos. Mon Dieu, c'est quelle façon malheur ça ? Net j'ai sauté dans rivière-là encore pour nager partir l'autre côté. Mon coeur commence jouer tam-tam plus que avant même. Tam toum toum. J'étais là nager seulement. J'ai peur de minitaires-là. Je veux pas partir pour faire minitaire. Maintenant minitaires-là ne courent pas derrière moi, ils commencent sortir leurs fusils : Tako, tako. Tako-tako-tako. Seigneur Jésus. Tu sais, je suis jeune garçon. Je n'ai jamais fait mauvais chose à quelqu'un dépuis que on m'a né. Tu sais que j'aime mon prochain comme moi-même. Même j'ai fait bon Samaritain plusieurs fois. Je n'ai pas cherché la femme de quelqu'un. Je n'ai pas volé l'argent de quelqu'un. Je suis pas parti consulter gris-gris. Pardonne-moi mes offenses. Tako, tako, tako. Mon coeur était là battre seulement Tam toum. Tam toum toum. Je n'ai pas volé l'argent de quelqu'un. Tako tako tako. Oh ma mère, prie pour moi que minitaires-là vont pas me tuer. Ils n'ont qu'à tuer serpent avec léopard avec tigre. Tous ces mauvais zanimaux qui sont à l'intérieur de la brousse. Mais faut pas ils vont me tuer. Dépuis là, j'étais là nager seulement. Et puis j'arrive l'autre côté encore. Et je suis sorti. Et je suis entré dans la brousse. La brousse attrape mon pied et blesse mon corps. Mon corps c'est plaies seulement. Sang tout partout. Le sang de Notre-Seigneur Jésus. Oh mon Dieu aide-moi. Je te supplie au nom de Jésus. Je vais faire tout ce que tu veux. Je vais être un bon garçon à partir de maintenant jusqu'à ce que ton règne vienne. Minitaires-là étaient là toujours courir derrière moi. Ils étaient là tirer. Et moi j'étais là courir comme chien...

Critique...

"En équilibriste de la décence et de l'émotion, Stéphanie Loïk adapte et met en scène le parcours terrifiant d'un enfant-soldat : un spectacle fort et juste servi par deux princes de la scène.

Difficile d'oublier que Ken Saro-Wiwa, auteur de Sozaboy, fi nit ses jours au bout d'une corde pour avoir trop dérangé le gouvernement de son pays. A cet égard, l'adaptation de Stéphanie Loïk, en plus d'être d'une intelligence scénique et dramatique affûtée, a le mérite de rendre hommage à la langue, à l'originalité du phrasé et à la poésie si particulière de cet « anglais pourri », creuset linguistique d'une fécondité lexicale savoureuse, par lequel l'écrivain servit l'honneur de son peuple en exprimant son martyr avec sa propre langue. Jeune apprenti chauffeur, Méné coule des jours paisibles à Doukana, en compagnie de son épouse callipyge et de sa mère aimante. Lorsque commence la guerre civile, Méné prend les armes avec la naïveté de l'enfant qu'il est toujours et avec le sérieux de l'adulte qu'il n'est pas encore.

Commence alors un périple sanglant entre les pièges de la brousse et la folie des hommes : Méné, devenu « pétit minitaire », revient à Doukana après avoir subi la morsure du fer et la démence du feu. Ce qu'il y retrouve ne se dit pas, mais se crie. Faire exister l'indicible : parier sur la vie contre l'enfer. Plateau nu recouvert d'un crissant mica noir, fond de scène sur lequel défi lent les couleurs des émotions, comme si l'horreur n'avait pas d'autre décor que celui que suggèrent les mots, remarquable conception musicale de Jacques Labarrière : Stéphanie Loïk chorégraphie l'itinéraire du malheur en évitant les pièges du réalisme sordide et de l'évocation grossière, comme pour mieux servir la pudeur et l'authenticité de ce texte indispensable. Hassane Kassi Kouyaté et D' de Kabal réussissent, ensemble, un très beau travail d'interprétation. Les voix et les présences, à l'intensité, à l'épaisseur et à la puissance incroyables, s'emparent de l'histoire et de ses différents protagonistes avec une grande vélocité chromatique. Tour à tour magistral et défait, héroïque et innocent, l'enfant-soldat apparaît comme le jouet fragile de forces qui le dépassent, aussi perdu que Fabrice à Waterloo, aussi cassé que les poilus de 14, aussi terrifié que toutes les chairs à canon de l'Histoire. En cela réside aussi la force d'un texte dont la portée universelle n'a, hélas, rien d'exotique. Guidés avec précision, Hassane Kassi Kouyaté et D' de Kabal, le griot et le slameur-poète, d'une élégance et d'une classe rares, d'une sobriété et d'une force sidérantes, font preuve d'un talent à couper le souffle. Un spectacle fracassant !"

La terrasse 6 Avril 2005 - Catherine Robert
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